Amexica : Marie Baronnet

04.03 – 04.06.2023

Commissariat : François Cheval et Yasmine Chemali

« Ce qui nous arrive ici, en plein visage, à l’improviste, ce n’est pas l’habituelle matière à curiosité […], ce précieux butin, il n’était pas à la portée d’un touriste ordinaire, ou même à un ethnologue du modèle habituel, de le conquérir […] Pierre Verger ne dit pas tout, et ne montre pas tout. Car c’est, aussi, un sage. »

Préface de Théodore Monod, dans Pierre Verger, Dieux d’Afrique, Paris : Paul Hartmann, 1954.
L’exposition « Amexica : Marie Baronnet » est la seconde partie d’une recherche en deux temps intitulée « Ce qui nous arrive ici, en plein visage », selon l’expression de Théodore Monod. L’exposition « Photographier les vodous : Catherine De Clippel » en constituait la première partie (5.11.2022 – 5.02.2023).

À la frontière séparant les États-Unis et le Mexique se dresse une barrière, une muraille sinistre et connue de tous. À elle seule, elle incarne tous les murs et refus de l’autre. Dans Amexica, la photographie est un champ de bataille. On s’y affronte dans un combat entre communautés, cultures et pays. On y voit surtout s’y mener une lutte sans merci entre individus et entre genres.

Dans un territoire circonscrit par des matériaux agressifs, les contradictions ne peuvent se régler sans heurts ; une arène où, à la fin, ce sont toujours les mêmes qui doivent s’avouer vaincus. Clivage racial, clivage de classe, tout ici s’oppose dans un affrontement où l’un des protagonistes supplie, et l’autre humilie. Monde binaire, alternance de lumière naturelle, aveuglante, et d’obscurité, précarité contre abondance, ville et désert, bricolage et sophistication, milices opposées aux coyotes, comme si cette partie du monde ne fonctionnait qu’en termes schématiques ! Il faut pourtant en convenir, les soirs de pleine lune, dans l’alternance du jour et de la nuit, se joue le combat entre deux forces, entre deux pulsions, celles de la vie et de la mort, de l’amour et de la haine. La ligne de démarcation indique clairement le territoire du maître et le territoire du faible.

Dans une suite photographique consacrée à la représentation d’une réalité apocalyptique à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, Marie Baronnet ne laisse rien dans l’ombre. Par l’emploi d’une couleur franche, souvent contrastée, avec une tonalité crépusculaire, la photographe fait ressortir la nature d’un conflit qui déchire les communautés. Son attention se porte sur des instants quelconques et juxtapose des moments qui rendent intelligibles le processus, l’apartheid mis en place par le mur, dans l’urgence, portrait par portrait, de saisir le drame qui nous fait face, ses protagonistes et ses modalités.

Biographie

Durant sa formation à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Marie Baronnet (née à Paris en 1972) obtient en 1997 une bourse pour étudier au California Institute of The Arts de Los Angeles. Les premiers travaux de Marie Baronnet abordent la photographie et la vidéo comme un medium strictement artistique. Dès 1996 son travail multimédia est présenté au musée d’Art moderne de la Ville de Paris avant d’entrer dans les collections du Centre Pompidou.

Ses autoportraits abstraits sont présentés dans le comté de New York, aux côtés d’artistes féministes américaines comme Cindy Sherman ou encore Jenny Holzer dans le cadre de l’exposition « Laughter Ten Years After: The Revolutionary Power of Women’s Laughter » avant d’être exposés au musée des Beaux-Arts de Paris en 1999.

Photo-journaliste indépendante pour la presse française et américaine (Libération, Le Monde, L’Obs, Newsweek, Sunday Times, etc), elle entame une démarche documentaire à partir des années 2000. Elle s’installe à Los Angeles en 2011 et publie chez André Frère Éditions, Legends: The Living Art of Risqué (2014), un ouvrage sur l’art du striptease et ses pionnières à travers l’Amérique. Cette série entre dans la collection du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir.

Entre 2009 et 2019, elle documente régulièrement la frontière américaine et mexicaine et réalise sur ce sujet son premier film documentaire Amexica (95 min, 2020), coproduit par la société Velvet Films de Raoul Peck et Arte).

En 2023, le Centre de la photographie de Mougins lui consacre une exposition monographique sur son travail à la frontière et présente pour la première fois depuis sa diffusion sur Arte le film Amexica.

© Marie Baronnet
Migrants traversant la frontière
Naco, Arizona, États-Unis, 2010

© Marie Baronnet

Miroir, outil de communication entre migrants
Naco, Mexique, 2010

© Marie Baronnet
Billets de banque, dollars et pesos
Mexicali, Mexique, 2009

© Marie Baronnet
Naco, Mexique, 2010

© Marie Baronnet
Tea Party Rally
Désert de Sonora, Arizona, États-Unis, 2010

© Marie Baronnet
Morgue
Tucson, Arizona, États-Unis, 2021

© Marie Baronnet
Morgue
Tucson, Arizona, États-Unis, 2021

Programmation parallèle

Visite de l’exposition
en présence de Marie Baronnet

Samedi 04.03.23

15 h Visite guidée

15 h 30 Projection Amexica

17 h Discussion

Marie Baronnet et Nicole Fernández Ferrer du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir

Tarif : 6 €

Projection jeune public
Fête du court-métrage

Samedi 18.03 à 10 h 30

À partir de 8 ans. Entrée libre

 

Table-ronde

Mercredi 29.03 à 18 h 30

Entrée libre

Regards croisés entre Yvan Gastaut, historien et maître de conférence de l’université Nice Sophia Antipolis et Éric Oberdorff, chorégraphe de la Compagnie Humaine

Projection
Samedi 25.03 de 19h à 21h

Entrée libre

De l’autre côté de Chantal Akerman (France, 2002, Documentaire, 99 min, VOSTFR)

et La promesa de Marie Baronnet (Mexique, 2023, Documentaire, 8 min, VOSTFR)

 

Projection
Mercredi 17.05 de 19h à 21h

Entrée libre

Border Radio de Allison Anders, Dean Lent et Kurt Voss (USA, 1987, fiction, 87 min, VOSTFR)

et La promesa de Marie Baronnet (Mexique, 2023, Documentaire, 8 min, VOSTFR)

Nuit européenne des musées
Samedi 13.05 de 19h à 23h

Entrée libre

 

Informations et réservations

au +33 (0)4 22 21 52 12
ou +33 (0)4 22 21 52 14

kpeacock@villedemougins.com
eprestini@villedemougins.com
info@cpmougins.com

Cahiers #5

Ce qui nous arrive ici, en plein visage : Catherine De Clippel + Marie Baronnet

Contributeurs : François Cheval, Jean-Paul Colleyn, Jérôme Esnouf
ISBN : 979-10-90698-54-3
Date de parution : 31 octobre 2022
192 pages
Bilingue Français / Anglais
29 €

À la frontière séparant les États-Unis et le Mexique se dresse une barrière, une muraille sinistre et connue de tous. À elle seule, elle incarne tous les murs et refus de l’autre. Ailleurs, en pays Fon et Éwé, d’autres bornes se dressent, sous forme de sculptures en terre, posées directement sur le sol. Des protubérances qui dissocient les vivants des esprits. Entre les photographies de Marie Baronnet, prises à la frontière mexicaine, et celles de Catherine De Clippel, capturées en Afrique de l’Ouest, se noue pourtant une relation étonnante. Toutes deux saisissent ce qui se passe entre ce qui s’ouvre et entre ce qui se ferme, cet au-delà qui attise la curiosité propre à l’Homme. Car, pour ce dernier, il faut toujours appréhender ce qui se cache et se trouve de l’autre côté.
Extrait de l’introduction, François Cheval

En vente à la boutique du Centre de la photographie.

Expositions à venir

Harold Feinstein 

01.07 – 08.10.2023

Commissariat : François Cheval et Yasmine Chemali

Né en 1931, Harold Feinstein débute la photographie en 1946, à l’âge de 15 ans. Sûr de sa vocation d’artiste, il quitte l’école à 16 ans. Dès l’année suivante, il est aux côtés de Sid Grossman le plus jeune membre de la Photo League. Harold Feinstein est également célèbre pour être le plus jeune photographe à avoir intégré la collection permanente du Museum of Modern Art (MOMA) de New York depuis qu’Edward Steichen fit l’acquisition de l’une de ses photographies en 1950 pour le compte du musée dont il est le conservateur. Figure montante de l’avant-garde new-yorkaise de la photographie de rue, sa première exposition importante a lieu en 1954 dans le cadre d’une exposition collective au Whitney Museum of American Art. Il aura sa première exposition personnelle l’année suivante à la Limelight Gallery, l’une des premières galeries entièrement consacrées à la photographie.

Depuis, ses photographies ont fait l’objet de multiples expositions et font partie de prestigieuses collections privées et de collections permanentes de grands musées américains, tels que le Museum of Modern Art, l’International Center of Photography, le Museum of Photographic Arts, le New York City Museum, le Jewish Museum et encore une dizaine d’autres institutions.

En 1952, Harold Feinstein est mobilisé dans l’infanterie pour servir en Corée et en profitera pour offrir un regard intime sur la vie quotidienne des jeunes conscrits, des camps d’entraînement aux lignes de front en passant par les villages locaux. À son retour de Corée, il s’établit au légendaire «Jazz Loft», à New York, où il rencontre le peintre David Young, les musiciens Hall Overton et Dick Carey, mais également et surtout le photographe W. Eugene Smith, avec qui il collaborera activement sur la maquette du fameux Pittsburg Project. Digne représentant de la «New York School of Photography», Harold Feinstein étend son œuvre sur près de six décennies, période pendant laquelle il dressera le portrait intime d’une Amérique exubérante et pleine de vitalité.

Coney Island est son territoire de prédilection, et il pose un regard malicieux sur la vie de son New York natal. Toutefois, si ses clichés d’après-guerre peignant les réjouissances balnéaires sont les plus connus, ses photos de nus, de natures-mortes ou de la guerre de Corée témoignent de sa grande sensibilité.En 1998, Feinstein a ouvert la voie en tant que l’un des premiers photographes à utiliser un scanner comme appareil photo (une technique désormais appelée scanographie). À l’âge de 80 ans, il a reçu le Living Legend Award du Griffin Museum of Photography.

Expositions passées

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